Maladroit, gauche.
Maladroit, gauche, maladroit, gauche, maladroit, gauche… Voilà comme je marche. Maladroit, gauche, maladroit, gauche… Ceux qui savent marcher, les professionnels de la marche ne marchent pas comme ça. Ils font gauche, droite, gauche, droite, gauche, droite… Les militaires. On démarre tous en même temps, le pied gauche d'abord. Comme Zidane, le gauche d'abord, toujours, après il boit un peu d'eau. Un professionnel, Zidane. Est-ce que les militaires se lèvent aussi du pied gauche ? Est-ce qu'ils font tout du pied gauche ? Arme sur l'épauauauaule droite ! Ah non, ils mettent l'arme sur l'épaule droite. Bon, ce n'est pas le pied, mais ce n'est pas à gauche déjà. Et quand ils passent l'arme à gauche… Ils changent leur fusil d'épaule… Ils meurent ou ils prennent un nouveau départ ? Ils meurent et ils prennent un nouveau départ ? Il y aurait quelque chose après la mort pour les militaires aussi ? Ça doit être compliqué d'être militaire. Si je devais, il faudrait que je pense à démarrer du pied gauche. Il faudrait que je pense comme quand je conduis en Angleterre, au Royaume-Uni. Comme quand je conduis une voiture automatique : tu ne débrayes pas avec le pied gauche, tu freines. Il faut penser. Je dois penser.Maladroit, gauche, maladroit, gauche, maladroit, gauche… Voilà comme je marche. Maladroit, gauche, maladroit, gauche… Je ne pense pas. Je marche. Avec un mauvais pied droit et un vrai pied gauche, je tourne en rond. Est-ce que je tourne en rond ? Oui. Non. Je ne tourne pas rond. Je vais mal ? Je vais mal.
C'est ça ! Je vais mal.
« Quand est-ce que tu passes dans le quartier ? ». « J'y vais jamais dans ton quartier (maladroit, ...). Sauf quand j'ai vraiment quelque chose à y faire (gauche) ».
Le martèlement des bottes des militaires est beaucoup moins assourdissant, beaucoup moins intolérable, beaucoup moins insultant, que ces syllabes.
Ces mots assènent des coups plus rudes, écrasent plus l'amitié, pulvérisent plus la joie que les rangers cirées n'annoncent des temps de misère.
Maladroit, gauche, maladroit, gauche, maladroit, gauche… Voilà comme je marche. Maladroit, gauche, maladroit, gauche…

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