Musée du Quai Branly
C'est vrai que le titre est plus court que musée des arts et traditions populaires de l'Homme d'Afrique, d'Asie, d'Amérique, d'Océanie, et d'un peu d'ethnologie...L'architecture est vraiment pas mal. Extérieurement, c'est métallique, rouge, avec des arêtes vives, des angles aigus. Un jardin tout autour. A l'intérieur, c'est tout différent. Une rampe douce qui serpente longuement, avec des surprises lumineuses qui font rêver, qui interpellent quelque part, qui déroutent. La main courante de chaque côté est une tige de métal qui court irrégulièrement le long des balustrades, sur des supports exagérément arrondis. L'espace est ouvert : aucun mur, aucune cloison ne vient boucher la vue dans ce grand hangar que l'on traverse ainsi.
A l'abord des salles du musée, des parois apparaissent de chaque côté. Elles sont faites de creux et de renflements. Elles ont des formes douces, voluptueuses, amples et sont recouvertes de plaques de cuir taillées à la diable, mal jointives, inégales, irrégulières. L'ensemble pourrait rappeler des formes humaines, des aisselles, des musculatures, des flancs, des fesses.
Si bien introduit dans cette humanité, j'avais hâte de commencer la découverte des trésors du musée.
J'ai choisi de commencer par l'Afrique.
Les collections ont une valeur inestimable et les pièces sont rares, là n'est pas la question. La question est que les objets sont le plus souvent présentés en vitrines (ce qui peut se concevoir en termes de protection contre le vol) et parfois en rang d'oignons. Le sombre domine ; au bout d'un moment, une fois que l'enchantement du début est passé, cela donne une sensation de lourdeur, de déjà vu. Les noms des objets sont indiqués sur des panneaux situés parfois sur le côté, parfois assez haut. Cela oblige à des mouvements et des déplacements un peu pénibles à la longue.
A côté de cet avis plutôt réservé qui ne concerne que la conception du musée, j'ai vraiment été émerveillé par certaines pièces, certaines collections d'objets. Il y a des choses superbes dues au génie humain et ça, c'est vraiment bien à vivre.
Des stations audio-visuelles jalonnent le parcours. Ce sont des vidéos interactives, des documentaires, films d'archives, enregistrements sonores, sur des thèmes variés.
Je n'ai pas eu le sentiment d'être associé à l'humanité qu'on m'a montrée. Pourtant on retrouve les mêmes thèmes d'inspiration chez les peuples africains que chez nous, dans l'occident judéo-chrétien : la mort, la fécondité des femmes... Je n'ai pas de mal à me reconnaître en tant qu'être humain dans l'être humain d'Afrique d'hier, d'avant hier et d'aujourd'hui. Et pourtant, à mon avis, le musée marque une distance. Je ne sais pas si c'est volontaire, et si c'est justifié par une approche scientifique (ou pseudo-scientifique), mais il y a dans la présentation un fait de séparation ; est-ce que cela veut exprimer l'objectivité ? le respect ? ou la révérence dus à ces traditions ?
Heureusement, une question reste posée. Ces objets (rituels, domestiques) ne sont-ils objets d'art que depuis qu'ils siègent au musée ?
(37, quai Branly, Paris 7ème)

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