La guerre, totale, permanente.
Puisqu'il semble que je ne puisse me passer de guerre.
Puisque je ne peux pas faire totalement l'amour.
Il faut que je fasse totalement la guerre.
Et puisqu'il n'y a aucun repos, il faut que la guerre soit permanente.
Donc : la guerre, oui, mais totale. La guerre, oui, mais permanente.
La guerre, totale, permanente, qui n'a pas de cible unique et identifiée.
La guerre, totale, permanente, qui n'est désirable que parce qu'elle signifie la guerre à la guerre.
Toute guerre qui ne va pas jusque là reste une guerre digne.
C'est-à-dire une guerre parée dans son bon droit, qui veut la défaite, qui justifie la souffrance en lui prêtant une vertu rédemptrice.
Avancer nu en terrain découvert, montrer sa faiblesse, sa détermination, exprimer sa certitude qu'il n'y a jamais de gagnant dans aucune bataille. Désarmer parce que sans arme. Exprimer sa certitude de gagner parce que n'ayant rien à perdre. Etre plus fort.
Etre un guerrier qui cherche le combat d'abord avec lui-même.
Un guerrier qui rencontre sa peur et l'apprivoise pour la chevaucher.
Un guerrier en permanence et totalement disponible.
Un guerrier terrassé et relevé.
Un guerrier épuisé et converti.
Un guerrier qui gagne toutes ses batailles.
Un guerrier qui perd toutes les guerres.
Un guerrier qui demande grâce.
La guerre, totale, permanente, pour obtenir la grâce.
La guerre, totale, permanente pour avoir la paix.
Faire la paix.
Faire la paix avec la paix.
Côtoyer, frôler, regarder la paix.
Laisser venir la paix, se laisser renifler par la paix, s'asseoir, regarder au loin et sentir le souffle tiède de la paix sur sa nuque.
Et puis s'allonger, voir les feuilles frémir dans le courant d'air frais qui monte de la rivière en été. Fermer les yeux et savoir que la paix me connaît à présent. Sentir la paix s'éloigner en laissant derrière elle la chevelure d'une comète.

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